Le Château d’Argœuves,
témoin du savoir-faire français

Afin de partager les richesses du patrimoine, les propriétaires ont décidé, à compter de l’année 2017, d’ouvrir à la visite ce lieu chargé d’histoire.

Découvrez l’histoire de ce château et  de  ses  dépendances au fil de votre promenade  : ses  communs du XIXe, son parc arboré, son  pigeonnier, sa serre sont autant de richesses historiques, patrimoniales et architecturales ayant participé à l’écriture de  la  mémoire du village d’Argœuves.

Cet ensemble architectural, qui ne fait qu’un tout, connaîtra, au fil des années, une restauration complète et nous vous conseillons d’y revenir régulièrement pour admirer ces transformations.

Le château aujourd’hui

L’actuel propriétaire ne possède l’intégralité de cette propriété que depuis janvier 2017.
De très importants travaux ont déjà commencé qui se poursuivront au fil des années et probablement pendant de nombreuses générations, grâce aux précieux conseils de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC).

Les toitures en ruine des communs ont été entièrement refaites dans les cinq dernières années.
Les portes de ces mêmes dépendances sont en cours de restauration ; parfois, il est nécessaire de les refaire intégralement en chêne ou les restaurer.
La mise en peinture des sous-pentes mais aussi de ces portes ainsi que de la grille d’entrée sera réalisée avant la fin de l’année 2017.

L’année 2017 a aussi connu non seulement un défrichage des abords du château mais aussi la réalisation pour moitié de la phase n°1 de la réhabilitation et de la reconstruction du parc.

Cette réhabilitation nécessite des efforts humains et financiers ainsi que des sacrifices considérables.
Il était cependant inconcevable pour l’actuel propriétaire d’abandonner un tel joyau aux affres du temps.

  • En 2016 et en 2017,

    Plus de 350 arbres ont été coupés ; une allée de tilleuls a été créée entre la départementale reliant Saint-Sauveur à Argœuves ; le bout du parc a été entièrement engazonné. La perspective qui avait disparu entre le château de Saint-Sauveur et le château d’Argœuves a été recréée avec la plantation de nouveaux arbres (pins et hêtres).

  • La fin 2017 et le début 2018

    permettront de terminer cette phase n°1 de la reconstruction du parc d’Argœuves, permettant aux visiteurs de le traverser dans son intégralité.

  • 2018

    La restauration de la toiture du château est à l’étude.

Description de l’édifice

Variante de l’hôtel particulier dit « au champ », l’édifice est implanté entre cour et jardin. Le plan général se compose d’un corps principal rectangulaire flanqué de deux ailes formant à leur extrémité petits pavillons également de plan rectangulaire. La façade principale de la demeure est tournée côté cour, vers le Sud-est. Le parc étend vers le Nord-ouest la perspective depuis la travée centrale du corps principal et dans cet alignement, l’on aperçoit au loin le château de Saint-Sauveur, également propriété de la famille Creton de Limerville.

L’efficacité de la mise en scène du château d’Agœuves se retrouve dans son approche, somme-toute peu éloignée des rues orthogonales tracées en limite de la parcelle. Un parterre engazonné forme rond-point au-devant du corps principal ; par réduction de place, la circulation courbe vient « tangenter » la limite foncière Est. Un pigeonnier se retrouve alors côté Ouest, discrètement mis en scène sur le côté du rond-point engazonné.

L’aménagement de la ferme et des dépendances à proximité participe de cette mise en scène sur une surface restreinte : ces bâtiments forment un plan en L qui protège quelque peu la cour depuis les rues adjacentes. La longue façade fait front sur la Grande rue et se retourne pour accompagner l’entrée en angle de la propriété, vers la cour principale.

En retrait naturel de la cour principale, une courette de service se love dans l’angle intérieur du L. En extrémité Nord, un chenil s’est improvisé (encore visible par ses clôtures grillagées rapportées) avec une petite serre indépendante qui rompt l’alignement orthogonal et fait face au corps de logis.

Les constructions de la parcelle constituent donc un ensemble architectural soigné qui répond à un programme complet de la vie d’une seigneurie rurale modeste.

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Rentrons dans les détails…

Haut de deux niveaux, le corps de logis qui constitue le volume majeur du château, est abrité sous un toit en forme de pyramide tronquée surmontée d’une verrière.
Sur les façades de craie taillée, des chaînes appareillées à refends marquent les angles, les côtés des avant-corps et distinguent chaque travée. Ainsi, la longue façade sur Cour comme celle sur jardin se divise en trois travées compartimentées par les chaînes. L’appareillage marqué en angle se retourne sur les façades latérales où le rez-de-chaussée et l’étage pourraient accueillir une rangée de 4 baies par niveau, si les ailes latérales ne venaient s’appuyaient dans le premier quart de ces façades, en rez-de-chaussée, laissant le mur nu à l’étage. Au final, seules, les deux baies de centre, par niveau, sont ouvertes et garnies de menuiseries ; la baie proche de la façade sur jardin restant marquée dans l’architecture, mais aveugle.
Côté cour, au droit de la travée centrale, dans l’axe, la porte d’entrée est précédée d’un petit portique constitué de deux colonnes d’ordre dorique, cannelées dans leur partie inférieure et supportant une frise ornée de triglyphes et de métopes. Ce portique est couronné d’une balustrade avec main-courante en pierre qui assure la sécurité au vide du balcon, lequel poursuit la mise en valeur de la travée d’axe à l’étage. Outre cette entrée qui la distingue, la travée centrale dans l’alignement de la façade est surmontée d’un fronton triangulaire au centre duquel se trouve le blason « à la hure » de sanglier, soutenu par deux licornes, symbole de la famille Gorguette.
De part et d’autre de la baie d’axe d’étage, la façade est décorée de couronnes à feuillage.
Encadrée de chaine de pierres régulières, les deux travées latérales de cette première façade de corps principal sont percées de larges fenêtres rectangulaires en rez-de-chaussée comme à l’étage, chacune surmontée de linteau sculpté. Le décor extérieur se limite aux guirlandes placées au-dessus de certaines fenêtres et aux colonnes toscanes précédant la porte principale.

À noter que les baies latérales à la travée centrale sur cour, comme celles des ailes à la suite, sont équipées de volets à persiennes, assemblage à claire-voie de lamelles inclinées ? Cet équipement apparaît anachronique avec l’architecture de la maison bien que les volets extérieurs apparaissent à la fin du XVIIIe siècle, au moment où les fenêtres à grands carreaux se généralisent. En revanche, la baie d’axe d’étage sur cour du corps de logis conserve des guichets brisés rabattables le jour dans les ébrasements masqués par des boiseries. Si aucune trace de tels volets intérieurs antérieurs ne se lisent au droit des ébrasements des autre baies, on constate au droit de la façade sur parc, que les volets qui clôture les baies des pans du corps central avancé, s’articulent mal avec l’architecture et viennent en contradiction avec les angles rentrants. Ces dispositions obligent par ailleurs des impostes fixes au droit des hautes baies du rez-de-chaussée et le maintien des volets fermés en allège au droit de la baie d’axe d’étage côté parc, là où une serrurerie serait mieux venue.

En toiture, une lucarne à croupe, dite « à capucine », s’aperçoit en arrière et au-dessus du fronton d’axe, ce dernier ne constituant qu’une simple émergence décorative, sans porter de comble en pénétration. Deux lucarnes plus petites et en milieu de toit se retrouvent latéralement. Une dernière lucarne d’accès, à l’image de celle côté cour, ouvre le toit vers le parc.
Une pyramide formant verrière constitue un petit campanile surmontant le faitage de la toiture qui amène un éclairage zénithal au cœur de l’édifice majeur, comme on le verra par la suite. De puissantes cheminées animent par ailleurs la toiture : deux symétriques côté Cour, deux latérales deux en milieu d’arêtier côté Parc… La plupart sont garnies de mitrons.
Lors de la visite du 11 mai 2017, le propriétaire a indiqué que la construction des ailes était advenue à la suite de la construction du corps principal. Cependant, et comme on le verra dans les détails d’aménagement et de traitement intérieur, même si les dispositions intérieures des ailes varient quelque peu, tout porte à plaider leur légitimité en accompagnement du corps central, pour les services qu’elles abritent. Si le corps central a pu être soigné et bâti en premier lieu, les ailes se sont très certainement imposées rapidement à la suite. En tout cas, elles relèvent de la même architecture que le corps principal à quelque variante près nécessaire pour marquer la hiérarchie d’usage.

Les deux ailes latérales étroites, avancées à l’alignement de la façade Sud-est, se terminent en pavillon, haut d’un seul niveau sous comble dont le volume de toiture est également à croupes. Ces pavillons qui semblent être la réduction volumétrique et homothétique du corps central majeur, y sont rattachés par des constructions intermédiaires plus modestes assurant la circulation linéaire et commandée. Ces volumes de liaison sont couverts par une toiture à deux pentes dont le faitage s’inscrit juste sous la corniche d’égout des pavillons d’extrémité. Côté cour, ils sont percés d’une porte à planches, entrées latérales et de service de la demeure. Côté parc, ces liaisons sont éclairées par une petite baie rectangulaire.

Les façades principales des volumes d’extrémité (côté Cour, comme côté parc) sont percées de trois hautes baies rectangulaires en rez-de-chaussée, que surmontent au-delà de l’égout trois lucarnes : celle de l’axe est constituée par une lucarne – là-encore -, dite « à capucine », habillée d’ardoise jusqu’aux jouées, avec arêtier à zinc ; les deux lucarnes latérales dite en œil-de-bœuf, sont à encadrement et habillage en zinc façonné.

Côté parc, on retrouve le même rythme d’architecture avec quelques différences :
• les ailes latérales étroites alignées sur la façade Sud-est côté cour, se retrouvent ici en retrait, dégageant largement en façade Nord-ouest le volume majeur du corps central ;
• la façade sur le parc du corps central majeur retrouve un rythme de trois travées, mais ici, la travée centrale forme avant corps saillant à trois pans.

Sorte de vaste longère, les dépendances se développent sur un plan en L, isolant la propriété depuis la rue et protégeant une cour de service clôturée. Ces constructions de pierres avec chainages de brique présentent un niveau d’élévation sous une toiture à deux pentes avec pignons droits aux extrémités. Le rythme des volumes est donné par l’alternance des toitures :
• le volume majeur aligné côté Nord le long de la Rue Neuve se compose d’un corps principal et de deux ailes latérales, celle du Sud-est venant en pénétration dans le comble du volume Est ;
• le volume Est adressé du côté de la Grande Rue est plus linéaire.

Les toitures sont en ardoise côté Cour de service, en tuiles mécaniques côté rue, alors même que ce matériau ne couvre pas la totalité de la dépendance Nord. Les faitages entre les deux matériaux sont en terre cuite ; en zinc pour l’aile Est.
Dans l’axe du corps central Nord et dans celui du corps Est, les avancées de toitures en pignon abrité des deux ailes orthogonales marquent les entrées principales de chacune des ailes du plan en L, côté cour de service.
Ces dépendances abritent les anciennes écuries ou étables où les équipements restent en place : sellerie, stalle, etc. Les sols en brique sur champ, alignent un caniveau transversal dessiné dans la mise en œuvre des briques, pour les nécessités d’assainissement ; les bas des murs sont peints en rouge foncé formant large soubassement ; le reste des murs est peint en blanc jusque sous les plafonds, le plancher d’étable et la remise à foin du dessus. Les granges témoignent toujours de l’activité qui y été établie.
Les menuiseries de clôtures et autres portes de grange sont à lames de bois verticales et régulières, ce qui a amené à les peindre avec un rythme alterné blanc et vert. Les vantaux rectangulaires sont surmontés d’impostes vitrés ou peints en noir avec un croisillon formant petit bois au-devant.
À noter que l’on retrouve des arches à pigeon sous les toits du corps central des dépendances, les volatiles ayant accès aux combles, stockage du foin.
À noter qu’un Monument aux Morts est implanté contre le gouttereau Sud de l’aile Sud-est de la ferme, côté rue dans l’angle entre la Grande’Rue et la Rue Neuve, l’entrée à la propriété considérée se faisant au-devant. Le dégageant protégé occasionné a donné lieu à une place commémorative du 11 Novembre 1918.

Argœuves

La commune d’Argœuves est située à 7 km au nord-ouest d’Amiens dans la vallée de la Somme. La commune a une superficie de 10,25 km² et compte environ 550 habitants.
L’altitude moyenne d’Argœuves est de 25 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Les habitants d’Argœuves s’appellent les Argœuvois et les Argœuvoises.
Le patrimoine architectural de ce village forme un ensemble tout à fait intéressant et préservé avec des maisons remarquables, comme l’Epinoche avec ses tours de brique qui se terminent par des pointes. Dans les marais, un bunker de la première guerre mondiale a été construit par les chinois sous les ordres des anglais. L’église Saint-Martin d’Argœuves, dans laquelle l’abbé Rigaux, interprète de Nostradamus, résista avec courage à l’arrivée des allemands, surprend avec ses vitraux époustouflants de réalisme et de couleurs.